Retraites : Macron et la défiance démocratique

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LE CLIN D’ŒIL DE SERGE RAFFY. Le climat délétère qui règne en France, mais aussi partout ailleurs, n’est pas le signe d’une simple grogne sociale. Le malaise est plus profond, quasi millénariste. Comment le chef de l’Etat, lui-même en crise de légitimité, peut-il reprendre la main ? Par un choc démocratique : le référendum. Disruptif, Mr President ?

L’affaire des retraites, le dossier de cette réforme mal embouchée, qui ressemble chaque jour un peu plus à un navire qui prend l’eau, est révélatrice du climat de défiance démocratique qui règne en France depuis quelques années. Réduire cette atmosphère délétère à l’émergence d’une vague populiste irrépressible serait une grossière erreur.

Pour nous faciliter la tâche, nous pourrions accuser ce gouvernement de tous les maux, d’une incontestable et perturbante opacité sur ce dossier si chargé d’anxiété, de celui de l’âge du départ du monde du travail, passage que certains vivent comme une exclusion sociale et non pas comme l’entrée dans le monde des vacances éternelles, surtout avec un portefeuille vide. Nous pourrions encore charger le baudet macronien en lui reprochant son incapacité à mettre de l’humanité dans les réformes, toujours présentées comme des guillotines budgétaires. Ou encore analyser le rapport étrange que ce président entretient avec les citoyens, tantôt les morigénant comme des écoliers, tantôt se répandant en déclarations d’amour aussi théâtrales qu’inopérantes.



Le pari du référendum

Derrière le climat de plus en plus anxiogène que nous vivons, qui ne touche pas que la France, se cache une peur qui pourrait bien ressembler à une angoisse millénariste bien plus profonde que la simple revendication du pouvoir d’achat. Numérisation, mondialisation, réchauffement climatique, Etats de plus en plus faibles face aux géants du numérique, tous les signaux sont réunis pour faire le procès des politiques de tous bords. Résumons notre propos : Emmanuel Macron n’est pas responsable de toutes les dérives auxquelles nous sommes confrontées. Son rendez-vous avec l’Histoire, contrairement à la pression qu’il subit sur la date fatidique du 5 décembre, de la grande grève générale espérée par beaucoup, n’est pas dans le bras de fer avec les syndicats sur la réforme des retraites. Le président a un problème bien plus grave, moins spectaculaire, mais hautement plus dangereux, celui de la défiance démocratique sur sa propre personne, sur sa légitimité.

Pour tout républicain, cette légitimité ne se discute pas. Elu au suffrage universel dans un pays libre, il est un chef d’Etat juridiquement légitime. Et pourtant, quelque chose cloche. De nombreux Français – la crise des « gilets jaunes » est un marqueur incontournable – voient en lui un « usurpateur », un type entré à l’Elysée « par effraction », comme il l’a lui-même déclaré imprudemment. Tout ce qu’il peut dire ou faire est frappé de ce péché originel, aussi injuste soit-il.

Comment sortir de ce piège symbolique ? En retournant aux urnes. En engageant un grand référendum, par exemple sur la transition écologique, au terme de la convention citoyenne sur le réchauffement climatique. Il associera les deux assemblées, Sénat et Assemblée nationale, à ce grand débat national, où chaque parti devra regarder le monde en face et sortir des petits calculs boutiquiers. Ce serait aussi un rendez-vous historique pour qu’il donne du sens au mot « avenir ». Peut-on lancer un référendum et échapper aux dangers du plébiscite ? C’est, bien sûr, le risque encouru, bien réel. Mais ce président hors norme n’a-t-il pas déclaré à plusieurs reprises qu’il n’était pas obligé de faire de vieux os en politique. Alors, provoquer un électrochoc dans l’opinion, réveiller les consciences démocratiques pour que ce procès en illégitimité s’achève au plus vite, n’est peut-être pas une idée aussi saugrenue qu’elle n’y paraît…

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