Le grand débat : quel dégât !

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En fait, le « grand débat », opération montée par Macron pour dissoudre le mouvement des gilets jaunes, est un bide. Pas seulement parce qu’il n’a rien dissout. Mais en tant que débat. Le coup de la parlote sans fin et de « monsieur j’ai réponse à tout » a tué le match. À tel point que ses promoteurs sont désormais obligés de souffler très fort dans le ballon de baudruche pour lui donner de la forme. Ainsi, le ministre Sébastien Lecornu, chargé d’organiser cette consultation, a-t-il tweeté fièrement que le site internet comptait « un million de contributions ». Il comptait embobiner tout le monde avec ce chiffre. Le premier Alexis Corbière avait réagi en allant voir sur le site ce qu’il en est. Un million de clics en effet. Sauf qu’une seule personne peut poster plusieurs contributions dans chacun des quatre thèmes proposés. En réalité, 175 000 personnes différentes ont réellement participé. Et 53 000 n’ont répondu qu’à des questionnaires rapides. Si on ne compte que les personnes qui ont fait une contribution « détaillée », c’est 122 000. 122 000 personnes, c’est 1,4% du nombre d’électeurs d’Emmanuel Macron au premier tour de l’élection présidentielle. Son parti revendique 411 000 adhérents, soit presque 4 fois plus que de contributeurs. Enfin, la votation citoyenne organisée en 2018 par la France insoumise pour la sortie du nucléaire avait réussi à réunir 314 530 votants en une semaine, soit 192 530 de plus que le « grand débat ».

C’est donc un bide total. Comment pourrait-il en être autrement ? Il ne faut pas être un expert pour se rendre compte que les dés sont pipés. D’abord, le débat a commencé par l’élimination de la commission nationale du débat public, jugée trop indépendante. Fin janvier, sa présidente, Chantal Jouanno, avait déclaré publiquement que le débat était « faussé » et qu’il s’agissait en réalité d’une « opération de communication ». Ensuite, les questionnaires proposés par le gouvernement sur le site internet sont caricaturalement orientés. Ainsi, sur la protection sociale, il ne laisse le choix aux contributeurs qu’entre trois options : « reculer l’âge de la retraite », « augmenter le temps de travail » ou « revoir les conditions d’attribution de certaines aides sociales ». Le libéralisme est la seule option envisagée. Ces questions très fermées rédigées par l’Élysée ne laissent aucune place aux revendications portées par les gilets jaunes. Dès le lancement de l’opération, Macron a dit non au rétablissement de l’ISF. Quant au référendum d’initiative citoyenne, les députés macronistes ont repoussé sans même la débattre la proposition de loi des insoumis sur le sujet.

En réalité, tout ceci n’est qu’un prétexte pour que le président de la République puisse faire campagne en s’extrayant de toutes les règles d’équité en la matière. Sous couvert de « grand débat », nous avons eu droit à des monologues interminables du monarque retransmis en entier et sans coupure par toutes les chaînes d’information en continu. Depuis le 15 janvier, 34 heures de parole pour Macron, sans commentaires ni contradictions. Et tout cela se produit en période de campagne électorale. Alexis Corbière a ainsi demandé l’intégration des shows du président aux comptes de campagne pour les élections européennes ou l’arrêt de leur diffusion télévisuelle. C’est la seule façon de garantir le pluralisme politique.

De toute façon, les audiences de ces numéros ont rapidement chuté, jusqu’à devenir catastrophiques. C’est un autre signe, avec le peu de participants, du désintérêt pour le « grand débat ». Et pour cause : débattre, les Français peuvent le faire. Ils l’ont fait pendant les occupations de ronds-points. Ils ont en sorti des revendications de partage des richesses et de partage du pouvoir. C’est de décision qu’ils sont privés. Ils en restent privés avec cette initiative puisque Macron décidera tout seul des décisions qui en découleront. Les importants n’ont pas compris qu’ils ne pourront pas se tirer d’une telle crise de régime avec des pirouettes.

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