La répression à front de boeuf contre la dérision

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Notre liste pour les élections européennes veut être le reflet des luttes sociales et écologiques dans le pays. À toutes ses places, les insoumis et les insoumises se trouvant là sont engagés dans l’action pour l’intérêt général. Au meeting commun avec Manon Aubry à Nîmes le 5 avril, j’ai fait la connaissance d’Inès Muriot. Cette jeune femme de 26 ans est candidate à la 63ème position. C’est une militante confirmée de l’urgence climatique. Elle a notamment fait partie des premiers activistes à décrocher un portrait d’Emmanuel Macron pour protester contre son inaction face au changement climatique. C’était le 27 février dernier, à la mairie de Cabestany, dans les Pyrénées Orientales.

Depuis, 32 portraits du président de la République ont été « sortis », selon l’expression utilisée par les militants. Cette action non-violente symbolique est menée par des militants des associations Alternatiba et ANV-COP 21. Elle fait suite à la pétition aux deux millions de signatures « l’affaire du siècle ». Elle s’inscrit dans le cadre des grèves de lycéens et des marches pour le climat. La pétition est la plus importante jamais lancée en France. Elle dénonce l’inaction climatique de l’État. Elle propose un recours en justice contre l’État pour non respect de ses obligations climatiques. En effet, le législateur a inscrit dans la loi des objectifs de réduction des émissions de gaz à effet de serre. La France s’est également engagée devant la communauté internationale lorsqu’elle a signé et ratifié l’accord de Paris sur le climat. Aucun de ces objectifs n’est aujourd’hui respectés. En 2017, dernière année pour laquelle on connait les résultats, les émissions de gaz à effet de serre en France ont augmenté de 3%.

L’intensification des mobilisations écologiques ces dernières semaines trouve sa source dans l’urgence devant laquelle nous nous trouvons. D’après le dernier rapport du Giec sur le climat, il nous reste 12 ans pour réussir à limiter le réchauffement climatique à 1,5°. C’est donc maintenant qu’il faut agir. La différence entre un réchauffement de 1,5° ou de 2° est phénoménale. À 1,5° de plus, la banquise arctique fond entièrement en moyenne une fois par siècle. À 2°, elle fond en moyenne une fois par décennie. Ce demi degré de plus, c’est 10 millions d’êtres humains expulsés de chez eux du fait de la montée des eaux. Il entraînerait la disparition de deux fois plus d’espèces de vertébrés, trois fois plus d’espèces d’insectes et deux fois plus de plantes. Il déclencherait des famines par une baisse drastique de productivité du blé, du maïs et du riz, particulièrement en Asie où vivent les plus grandes concentrations d’êtres humains.

Nous parlons donc de nous éviter d’immenses catastrophes pour nos sociétés. Pour y parvenir, il faut changer en profondeur nos modes de production, de consommation et d’échanges. Mais le gouvernement fait le contraire. Dans sa programmation énergétique, il repousse aux calendes grecques la fermeture de centrales nucléaires arrivée en fin de vie. En prenant cette décision, il nous oblige à dépenser 100 milliards d’euros pour faire les travaux de mise a niveau de centrales, le « grand carénage ». Autant d’argent détourné des investissements indispensables pour réaliser la transition. Car il manque déjà chaque année 30 milliards d’euros d’investissements pour que soient simplement respectés les engagements de la Cop 21. Mais ceux-ci sont eux-mêmes insuffisants pour limiter à 2° le réchauffement climatique. Il faudrait donc un plan massif d’investissements publics. Mais le gouvernement ne parle que de baisser la dépense publique pour éviter de rétablir les impôts supprimés par ses soins au bénéfice des plus riches.

Le décrochage de portraits de Macron vise donc à dénoncer cette inaction criminelle. Le mur laissé vide veut symboliser le fait que le Président est sorti de la mairie pour pouvoir observer les conséquences désastreuses de sa politique. Ces actions s’inscrivent absolument dans le cadre de la non-violence. Hormis la disparition (provisoire) d’une photographie, elles n’engendrent non plus aucune dégradation. Pourtant, le gouvernement y a répondu avec une répression particulièrement féroce. Les 32 portraits décrochés ont donné lieu pour l’instant à 24 gardes à vue, 19 perquisitions et la saisie du bureau de lutte anti-terroriste. En macronie, attenter à l’image du monarque présidentiel est considéré comme un acte terroriste. Le pouvoir va même jusqu’à convoquer des journalistes qui suivaient ces actions pour le motif de « vol en réunion ». La dérive autoritaire s’abat sur les militants écologistes comme sur les gilets jaunes. L’expérience commune de la répression montre que la justice sociale et la justice climatique sont des causes communes.

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