Jean-Luc Mélenchon : La semaine piteuse de la macronie

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Les nominations au gouvernement sont une sérieuse indication politique sur la santé du régime . Le repli dans le donjon ultime du macronisme, hier conquérant, délivre un message : plus aucun renégat fiable ne semble disponible pour aller au gouvernement faire l’appoint. Le casting aide à une meilleure compréhension de ce qu’est le macronisme.

Amélie de Montachalin est la plus virulente partisane de la suppression de l’ISF. Elle était aussi la seule rivale sérieuse de l’improbable Président du groupe LREM à l’Assemblée nationale, l’ancien journaliste Gilles Legendre. On peut aussi se réjouir d’avoir une porte-parole du gouvernement qui assumait hier encore publiquement dans « Les Inrocks » de mentir pour servir le président. Elle en reçoit maintenant une mission officielle. Ce qui permet opportunément de la dégager du premier cercle opérationnel du château où ses dernières trouvailles communicationnelles avaient été plutôt contre-performantes. Ensuite une pirouette : le frère de la suppléante de l’homme qui quitte le gouvernement entre au gouvernement. C’est le trésorier de LREM. Pourquoi pas. Il ne craint plus rien maintenant que Nicole Belloubet a fait taire toutes les questions sur les comptes de campagne du président. Mais dans tous les cas le message restera ambigu.

Après un lancement de liste européenne calamiteux où la tribune s’est effondrée, un meeting de lancement pitoyable où le public s’est endormi, le remaniement gouvernemental arrive comme un signal de fin de partie cahotique. Au total, peu importe le détail de ces castings clamiteux. La macronie est à bout de souffle. Sans aucune réponse crédible au mouvement des gilets jaunes, en guerre frontale avec la hiérarchie policière dont il dépend pourtant, le pouvoir se met à dos un à un tous les secteurs d’un État qu’il méprise et qui le lui rend bien. La prochaine loi sur le statut de la fonction publique fera constater un divorce au moins aussi aigu que celui qui s’ouvre dans l’Éducation Nationale depuis la loi Blanquer.




Pan par pan, les macronistes pensent avoir le dernier mot en faisant adopter des lois qui détruisent l’État social de notre pays. Ils misent sur l’état de sidération qui prévaut et de la faiblesse du syndicalisme de combat discrédité par des journées d’action sans lendemain ni perspectives et des formes d’action surannées. Pour autant, dans la profondeur des catégories sociales concernées, les raisons de n’avoir aucun intérêt à la poursuite du macronisme font leur chemin. C’est le meilleur des abrasifs de ce régime. La stratégie pour le combattre reste de tenir bon sans rien lâcher. L’usure l’épuisera plus tôt qu’on ne le croit.

La semaine passée a été l’occasion d’une incroyable séquence de dénigrement anti-fonctionnaires de la part du gouvernement, de la majorité et de leurs médias. Le jour où le gouvernement présentait en conseil des ministres un projet de loi sur la fonction publique, « Le Figaro » faisait opportunément fuiter un rapport de l’inspection générale des finances destiné à traiter ses agents de feignants. D’après ce rapport, ou ce qu’en raconte Le Figaro, 190 000 fonctionnaires travailleraient moins de 35 heures par semaine pour des raisons injustifiées. Un chiffre à comparer avec les 2,4 millions de fonctionnaires de l’État, seuls concernés par ce rapport. Soit 8% des effectifs. Les auteurs du rapport s’enthousiasment : augmenter la charge de travail de ces 190 000 personnes permettrait de supprimer 30 000 postes !

Encore faut-il regarder qui sont ces fonctionnaires pointés du doigt pour leur paresse par toute la bonne société. Et pourquoi ils ne réalisent pas, sur un an, 35 heures par semaine. Il s’agit par exemple des policiers et des CRS. Ceux-ci bénéficient d’un système de jours de repos compensateurs en raison du nombre d’heures de suite qu’ils sont parfois amenés à réaliser. Ce système les conduit à travailler, pour certains d’entre eux, moins de 35 heures par semaine une fois que leur temps de travail est ramené sur l’année. « Le Figaro » pense que les policiers et les CRS sont des tires au flanc ? De même, il y a aussi les 15 000 surveillants de prison travaillant le week-end, la nuit, dans des horaires décalés. Ils ont un régime dérogatoire de temps de travail. La technocratie de Bercy promet-elle de ne venir au boulot que pour bosser pour le pays, comme un flic ou un maton épuisé ?

On ne compare jamais la charge de travail des fonctionnaires avec celle des salariés du privé. On se rendrait pourtant compte que les premiers sont loin d’être les tire-au-flanc décrits dans les médias de l’officialité. 16% des agents de l’État effectuent des astreintes, deux fois plus que dans le secteur privé. Les travailleurs du public sont davantage concernés par le travail du dimanche et le travail de nuit : 36,7% des salariés de la fonction publique travaillent le dimanche contre 25,8% dans le privé. 17,5% travaillent régulièrement de nuit dans le public contre 14,9% dans le privé. 42,8% des fonctionnaires vivent des situations de tension vis-à-vis de leur public, contre 26% des salariés du privé. Les fonctionnaires sont 2 fois plus à avoir été victimes d’une agression verbale ou physique.




Une question n’est pas du tout abordée dans le rapport et les bavardages qu’il a produits. Celle de savoir où il manque des fonctionnaires. C’est pourtant, après une décennie continue d’austérité, la situation dominante dans le pays. Le rapport rendu l’an dernier par Caroline Fiat sur les EHPAD a révélé que pour atteindre un taux d’encadrement suffisant du point de vue de la dignité humaine, il manquait 210 000 soignants. Depuis 2010, 3100 contrôleurs fiscaux ont été supprimés alors que 100 milliards d’euros d’évasion fiscale nous échappent chaque année. Si nous avions plus d’agents pour traquer les voleurs, nous n’aurions plus du tout de déficit public. Mais l’opération de communication organisée conjointement par la haute fonction publique et la presse n’avait pas pour objectif l’amélioration du service public. Elle était destinée à servir les intérêts du gouvernement. Macron lançait officiellement cette semaine sa saignée de 120 000 fonctionnaires. L’accompagnement propagandiste l’a bien entouré.

La semaine dernière, on a beaucoup parlé du financement de la dépendance. Lors du meeting commun que nous avons tenu à Saint-Brieuc, Manon Aubry en a fait un des thèmes centraux de son discours. Notamment pour rappeler que la perte d’autonomie des personnes âgées était devenue pour certain une marchandise très lucrative. Ainsi, le groupe Korian, premier propriétaire de maisons de retraites médicalisées en France, fait une marge de 14%. L’an dernier, il a reversé 48 millions d’euros à ses actionnaires. Bien sûr, cela a un prix. Les EHPAD privés sont en moyenne 50% plus chers que les EHPAD publics. Mais même pour ces derniers, il faut débourser une somme mensuelle souvent supérieure à la retraite du pensionnaire. D’où un reste à charge élevé pour les familles. Si on prend en compte ce reste à charge, les places d’EHPAD qu’il va falloir créer étant donné le vieillissement de la population, les besoins de financement sont considérables.




C’est pourquoi Agnès Buzyn se faisait remettre un rapport sur le sujet, jeudi 28 mars. Mais peu importe son contenu, le gouvernement a déjà décidé que le partage des richesses ne faisait pas partie des options sur la table. Les pauvres paieront pour les pauvres. On s’en souvient, la première proposition de la majorité est celle qui vient de Stanislas Guérini, le délégué général de LREM. Il s’agit de faire travailler les Français gratuitement un jour férié. Cela équivaut à une taxe de 100 euros par an et par travailleur. On sait combien rapporte une journée de travail gratuit puisqu’il y en a déjà une depuis 2004. Elle ramène dans les caisses 2,4 milliards d’euros chaque année. Le rapport rendu à Agnès Buzyn s’efforce de trouver 10 milliards d’euros en plus. Supprimer un jour férié pour en faire de travail gratuit n’est donc même pas une solution miracle sur le plan budgétaire. Il faudrait non pas un mais quatre jours de travail gratuit pour que le compte y soit.

La ministre des Solidarités et de la Santé a proposé une autre méthode, tout aussi injuste et anti-sociale. Lors de la remise du rapport, elle s’est adressé aux Français pour leur dire qu’il « faudra travailler un peu plus ». Elle parle ici d’allonger la durée de cotisations nécessaire pour partir à la retraite. Dans l’année qui vient, on peut donc prévoir que le droit à la retraite va être frappé deux fois. D’abord, la mise en place d’une retraite par points va fragiliser le niveau des pensions et obliger à travailler plus longtemps pour conserver un niveau de vie acceptable. Ensuite, la réforme du financement de la dépendance va passer par un recul de l’âge de départ en retraite, quel qu’en soit la méthode – âge légal ou cotisations. Mais c’est une politique de gribouille qui ne fera que boucher un trou à un endroit en en creusant un à un autre. Car la principale conséquence observée du recul du droit à la retraite est l’augmentation du chômage des séniors. Et donc une aggravation des comptes de l’assurance chômage.

Pour financer des conditions de vie décentes pour les personnes concernées, la solution consiste, comme toujours, à partager. Ainsi nous avons proposé à l’Assemblée nationale de mettre le capital à contribution. Par exemple en taxant les retraites par capitalisation à 2% ou en créant une cotisation sur l’ensemble des dividendes à hauteur de 0,5%. Une telle contribution permettrait à elle seule de créer 10 000 places d’EHPAD supplémentaires par an. Une autre piste de financement pour la dépendance et, plus généralement, pour la Sécurité sociale est la lutte contre la fraude aux cotisations patronales. Aujourd’hui, les contrôles sont très insuffisants. En mettant les moyens, il devrait être possible de récupérer rapidement 5 milliards d’euros.



Il faut assumer une augmentation de la dépense sociale pour les EPHAD. On connait aujourd’hui les conditions déplorables de travail pour le personnel et de vie pour les pensionnaires. Caroline Fiat, qui a été aide-soignante en EHPAD avant d’être élue députée a produit un rapport référence sur le sujet. Dans celui-ci, elle estime à 210 000 personnes le nombre de recrutements nécessaires à terme. Un tel recrutement serait évidemment un coup de fouet sans pareil pour la relance de la consommation populaire responsable. Donc pour les carnets de commande. Il serait donc générateurs d’autres milliers d’emplois. Tel est notre cercle vertueux. Le soin des autres ameliore la vie de tous.

La défaveur annoncée dans les sondages ne correspond à aucun autre de nos indicateurs dont tout le monde sait chez les insoumis que je suis un friand consommateur. Le dernier en date n’est pas le moindre : 700 000 euros d’emprunt populaire réalisés en moins de 48h. C’est plus du triple de ce que nous avons encaissé en dons depuis le 15 janvier, qui est de 190 000 euros. Une méthode inédite. Ce succès n’est pas celui d’une maison démobilisée. Les autres indicateurs suivent. Pas un mois sans nos mille adhésions en ligne, pas une semaine sans nos trois cent évènements et ainsi de suite.

Pour autant, je ne veux pas fanfaronner. Ce n’est pas le choix que nous avons fait. Nous avons essayé de voir quel argument était en commun à toutes les entreprises de sondages pour expliquer la situation qu’ils décrivent. En fait il y en a peu. Chaque entreprise contient une statistique aberrante qui produit le résultat bas que nous connaissons. Celle-ci 0% chez les étudiants, celle-là un report inédit de nos électeurs vers Macron, etc. Ca sent le ficelage de dernière minute. Pour autant, nous ne croyons pas être la cible d’un arrangement spécifique. L’arrangement concerne le tableau général que ces gens sont payés pour produire. Il s’agit pour eux de montrer des macronistes très hauts et de fabriquer une compétition avec le FN.



Ce tableau est rendu difficile à peindre parce que les Républicains (LR) remontent sur le dos des Macronistes et que les macronistes baissent nettement. C’est quand même conforme à la situation politique… La domination sans partage des macronistes est une légende de propagande gouvernementale. Comment serait-elle possible, alors même que se déploie la plus longue et sévère lutte sociale de l’Histoire du pays depuis cinquante ans ? Cela ne peut convaincre que les salles de rédaction dont les chefs ne sortent jamais sur le terrain et les rubricards qui enquêtent en déjeuners de presse. Les macronistes baissent en direction d’EELV, du PS et de LR. Cet effet d’éparpillement n’a rien de surprenant car le macronisme électoral est un agrégat instable entre « centre droit » et « centre gauche ». Une sorte d’UDF gonflée à l’hélium du dégagisme de la présidentielle.

Mais une fois dissout l’effet « divine surprise » devant la suppression de l’ISF et les autres mesures de ce type, la droite traditionnelle retourne au bercail. Car l’amateurisme dans la gestion de l’État, les couacs à répétition dans les annonces, les ex-membres du PS troubles comme Castaner et Belloubet qui installent leur clan d’anciens camarades, la pagaille indomptée du mouvement gilet jaune, tout cela repousse les amis de l’ordre. Comment oublier que Fillon fit 20% des voix à la présidentielle et dans quelle tempête ? La droite existe en France ! Elle n’est pas soluble dans la start-up des givrés du pouvoir par « effraction ». Le sauvetage du soldat Loiseau se fait donc souvent au prix de diverses triturations sondagière sur le dos de tous les autres. C’est contrariant à court terme. Mais cela reste productif. Car les urnes parleront. Elles diront leur message. La déconvenue de ceux qui croient déjà tout acquis produira son effet de débandade dès le lendemain de l’élection européenne.

En attendant, ce que tous les sondeurs nous disent d’une même voix, c’est que les électeurs de la FI de l’élection présidentielle sont les moins mobilisés de toutes les familles politiques. Très nettement moins. Jusqu’à quinze points en dessous du précédent dans cette liste. Nous avons décidé d’accepter cette indication et de travailler sur cette base. Nous savons qu’à l’approche de la date des élections l’intérêt grandira, les mentalités changeront, le désengagement des nôtres se réduira. Notre point de repère reste plutôt l’élection législative parce qu’elle était déjà atteinte par l’effet d’abstention massive pour ce qui nous concerne. Déjà, à l’époque, les « enquêtes » ne nous donnaient pas plus de 5 sièges. Nous en avons gagné 17. Et même 23 si l’on compte les six candidats communistes que nous avons soutenus dès le premier tour. Nous ne croyons bien sûr à aucun effet mécanique. Notre campagne reste méthodique et le plan de marche reste celui de toute nos campagnes : en toutes circonstances une omniprésence en profondeur. Et la dose d’invention d’outils nouveaux qui rendent chaque jour plus autonome notre mouvement.


Un petit buzz s’interrese à notre outil de sondage. Inutilement. Celui-ci restera un outil interne. Il ne sera jamais utilisé pour des diffusions publiques. Il n’est pas destiné à une compétition avec les instituts de l’officialité sondagière. Sa création n’exprime aucune intention de compétition ou de démenti avec eux. Notre raisonnement est simple : tant qu’à faire des sondages, autant le faire sérieusement. Ceux qui sont connus obéissent parfois à d’autres critères et leurs résultats ne peuvent donc nous aider, le cas échéant, à travailler.

Tel institut qui nous attribue 0% d’intention de vote chez les étudiants, tel autre « pondère » notre résultat avec le résultat de la précédente élection… européenne de 2014 alors que le mouvement Insoumis n’existait pas. Tous maintiennent une liste NPA qui n’existe plus et une liste gilets jaunes qui n’a jamais existé. Mais ils ne testent pas la liste « écologie globale » de Delphine Batho et Dominique Bourg, ou des animaliste de Yann Moix qui existent pourtant bel et bien.

Nombre décident de nous attribuer le plus faible taux de participation aux élections européennes, loin derrière tout le monde. Pourquoi ? Mystère. Ce « différentiel de participation » n’est évoqué par aucun des analystes pour analyser la situation et peut-être proposer une analyse. Ce serait sans doute une donnée trop politique à interpréter. C’est pourquoi chacun de ces précieux commentateurs préfère le confort d’attribuer à la séquence des perquisitions l’explication personnalisée de la situation, même si je ne suis pas la tête de liste. Et cela quand bien même ces sondages n’ont commencé à être défavorables que quatre mois plus tard. Ne perdons pas de vue que beaucoup attribuent aussi cette défaveur à notre adhésion sans faille au mouvement gilets jaunes. Et cela alors même qu’ils ont aussi publié une enquête qui me donnait la deuxième place dans leur faveur après Nicolas Hulot.

Ce « café du commerce » permanent désole ceux qui croient à la validité de ce genre d’outils, y compris à l’intérieur des instituts concernés. Car s’il y a eu des années durant un membre éminent du FN dans la cellule d’évaluation d’un non moins illustre institut, il en va de même avec les Insoumis. Il y en a partout. Nous ne manquons donc ni de connaisseurs ni de techniciens dans ce domaine. Au contraire. Travaillant bénévolement, ils se savent sans autres « obligations de résultats » que de produire des raisonnements rationnels et crédibles pour faire leurs pondérations.

Nous sommes parfaitement conscients de l’effet produit par de mauvais sondages à répétition, d’autant plus spectaculaires que nous sommes les seuls à en faire l’objet parmi les quatre premières forces de l’élection présidentielle. Nous sommes conscients aussi des effets de prophéties auto-réalisatrices qu’ils impliquent. Pour autant, nous croyons qu’ils contiennent en effet une part d’arrangement avec la réalité mais que celle-ci ne nous vise pas en particulier. Nous en sommes la résultante. Il s’agit plutôt d’arriver à cent pour cent dans une addition où les votes LREM sont surévalués. D’abord parce que les votes LR reviennent vers leur maison d’origine au détriment des macronistes. Pendant ce temps, même pour tenir leur faible niveau, EELV et PS, reprennent aussi une poignée de plumes à LREM qui leur avait pris une part de leurs électeurs en 2017. En bout de course il faut bien prendre à quelqu’un des quantités « d’intentions de vote » pour compenser ce grand micmac. Mais nous savons que, vaille que vaille, tout le monde devra bien se caler en s’approchant du jour du vote sur cette « autre réalité » que notre outil nous permet de connaître.

J’ai lu dans la presse un roman sur ma « reprise en main de la campagne ». Comme si j’étais susceptible d’avoir jamais quitté mon poste de combat dans ce domaine ! J’ai même lu une mise en scène de « mes doutes ».  Comme si un homme qui a fait ma trajectoire pouvait agir autrement que par confiance inébranlable dans l’avenir de la cause qu’il incarne à l’heure où les évènements confirment ses analyses !

La manœuvre sent surtout la misogynie à plein nez. Manon Aubry, notre tête de liste étant une femme, jeune et sans passé politique, les vieux et vieilles du système médiatique s’en donnent à cœur joie contre elle. La réalité c’est que ma présence plus active était prévue à cette étape de la campagne. Elle a lieu. Imaginait-on que je ne prenne aucune part à cette bataille ? Nous avons donc dosé pour laisser le temps à la liste de s’installer dans le paysage médiatique. J’estime que l’apparition de Manon Aubry dans le classement des personnalités à qui est souhaitée une influence croissante est un bon signe de réussite de celle-ci. Qu’elle soit d’ores et déjà devant Jadot et Faure dans ce classement devrait inspirer plus de respect que de jalousie ou de machisme dans les rédactions. Faut-il souligner à quel point c’est une fierté pour nous d’avoir eu son accord pour mener notre liste et de l’avoir vu assimiler en si peu de temps tous les savoir-faire qu’exige cette position éminente ?

J’y trouve pour ma part la confirmation de la méthode de construction ouverte pour notre force politique qui prévaut à cette heure. Mon travail depuis la présidentielle consiste à installer « La France insoumise » comme une force pérenne, avec ou sans moi. Ce travail passe par l’émergence de nouveaux visages exprimant aussi largement que possible les réalités sociales et culturelles si différentes qui composent notre peuple. Depuis l’élection législative, les membres du groupe parlementaire à l’Assemblée Nationale ont réussi cette percée. Dans la même séquence plusieurs autres visages se sont imposés. Ils sont venus du Mouvement « insoumis » lui-même et à présent de la liste des candidats de l’élection européenne. Parmi tous ceux-là, des figures se remarquent davantage qui captent d’une façon singulière une ample sympathie populaire par leur manière d’être autant que par leurs messages. Rien ne correspond mieux a mon plan de marche. Tout cela, bien sûr, ne dépend pas de moi mais du talent et des opportunités que chacun(e) a su relever ou pas.



Mon rôle à cette étape est de rendre possible la cohabitation de tant de gens différents et d’organiser le jeu de l’orchestre. Notre propos n’est pas de produire un présidium de je ne sais quel improbable soviet suprême mais de mettre en place une équipe capable de gouverner le pays et de mener à son terme la révolution citoyenne qu’il contient. Nous formons un ensemble d’un genre nouveau par rapport aux autres familles politiques de la vieille gauche où les luttes de personnes continuent à être centrales. C’est pourquoi tant de commentateurs voudraient que nous y sombrions à notre tour et arrangent pour cela des mises en scène. Mais finalement celles-ci sont bien utile à notre système puisqu’il valide que je n’en suis pas la seule figure. L’existence d’une liste d’héritier(e)s réels ou supposés est finalement un signe de bonne santé que l’on n’observe pas partout…

Mais devant notre famille politique et devant la société, la crédibilité d’une alternative politique passe par l’existence d’une véritable équipe variée mais unie comme nous devons l’être. Il est donc normal que tous les professeurs cyclotrons qui ont vécu et vivent de l’impuissance, du croupissement et des sempiternels « débats fondamentaux » clivant n’y trouvent pas leur compte. Ils m’accablent de l’interminable rancœur propre à certaines catégories « d’ex » au lieu d’aider la construction patiente à laquelle nous sommes attelés. Cela n’a aucun impact sur moi. S’ils savent faire mieux, qu’ils le montrent. Mais il est déjà trop tard pour espérer notre disparition et le retour aux délices de la guerre des groupuscules et la compétition des « personnalités ». Tout le futur est dans ces visages que vous voyez rassemblés sur nos affiches et dont vous connaissez souvent mieux les noms et les personnages que celles de bon nombre de mes donneurs de leçons. D’autres s’y adjoindront bientôt. Car si la vieille gauche et les débris du PS ont été incapables de produire autre chose que des malédictions mutuelles, notre liste aux européennes montre que nous savons faire beaucoup mieux. Et ce n’est pas fini.        

La présence sur la liste de « la République en Marche » de plusieurs journalistes, dont un directeur de l’information de la télé d’État, a rudement ébranlé les convictions de quelques-uns de mes interlocuteurs qui avaient du mal avec la thèse selon laquelle « le système médiatique est la deuxième peau du système économique». À mes yeux, le problème dorénavant soulevé ne se limite pas à savoir qui parmi les « journalistes » d’aujourd’hui sera candidat du pouvoir demain : Saint-Cricq, Aphatie, voire. Il est certain que maints chroniqueurs, notamment mais pas seulement ceux de l’audiovisuel d’État, sont d’ores et déjà des candidats macronistes en puissance. Cette tendance est irréversible compte tenu de la place qu’occupe la notoriété à l’ère du vide. En toute hypothèse, tous ne sont pas recyclables. Même pour le rôle de faire-valoir, il faut une épaisseur que tous sont loin d’avoir.

Mais depuis des semaines, un autre problème est posé. C’est celui de l’intrication des médias, de la police et de la justice. Ils agissent dans nombre de cas comme les trois volets d’une même caméra de surveillance depuis le début de l’insurrection des gilets jaunes. Les trois s’alimentent en se fournissant la matière première de leur industrie. Certes, cette intense collaboration ne date pas d’aujourd’hui. J’estime qu’on ne s’en méfie pas assez. Moi le premier. Pendant les perquisitions du siège de la « France insoumise », mon erreur fut de ne pas avoir remarqué la présence de la caméra de « Quotidien ». C’est elle qui a produit la minute d’extrême tension qui fut ensuite passée en boucle pour me déprécier sans fin.

Mais surtout, ce sont les images de « Quotidien » qui servent aussi au parquet et à Nicole Belloubet pour nous incriminer divers chefs d’accusation. Car les patrons de presse peuvent garder pour eux, au nom du « secret des sources », le nom des fonctionnaires qu’ils payent pour avoir les comptes-rendus d’auditions judiciaires qui tuent notre droit à la défense. Ils dorment tranquilles. La justice veille : aucune enquête n’aboutit, aucune n’est même commencée, sur le motif de violation du secret de l’instruction. Mais par contre, leurs images sont à la disposition de la police ensuite très librement. Non seulement comme preuve à charge mais aussi pour d’autres raffinements de l’abus de pouvoir. Ainsi lorsque les images de « Quotidien » permettent d’invoquer contre nous l’accusation de « viol de la vie privée des agents » qui sont visibles sur ces images. Sans vergogne. Et cela alors même que jamais aucune hiérarchie n’a demandé le floutage des images aux chaînes de télé qui les ont diffusées sans fin.

Il ne faut pas s’étonner après cela que je refuse dorénavant d’être filmé dans la rue. Cela provoque des incidents avec les manifestants dont la même caméra se repaîtrait encore contre moi. Cela m’expose aussi à des commentaires en boucle sur les personnes à côté desquelles le hasard me place. Enfin, cela expose les personnes filmées autour de moi à des représailles judiciaires. Dans ces conditions, d’une façon générale, je n’informe plus de ma présence dans une manifestation, sauf cas où je me filme moi-même. Ce fut le cas ce samedi où j’avais appelé à être nombreux dans les rues comme protection contre la violence. C’était le jour où le pouvoir voulait installer l’armée dans le dispositif de « maintien de l’ordre ». Je trouvais logique de montrer que j’appliquais ma propre consigne.

D’une façon générale, mon choix est de vivre autant que je peux en dehors de cette sphère des médias de l’officialité. Mes propres outils audiovisuels me suffisent largement. Ce blog complète généreusement cette situation. Leur niveau de diffusion égale ou dépasse nombre de ceux qui me proposent leurs traquenards. Bien sûr, la règle n’est pas sans exception quand se présente une occasion de rencontre respectueuse et loyale.



Par contre, les pires insultes, les pires mensonges ou provocations de leur part ne reçoivent plus aucun démenti ni discussion de ma part. Non que leur harcèlement soit sans effet de leur part. Au contraire. Leur influence dans la classe moyenne ergotante et dans les rangs des professeurs cyclotrons de la petite gauche est considérable. Et dans une élection massivement désertée par le peuple comme les européennes, leur acharnement nous coûte son prix. Mais il faut comprendre que toute réplique est sans effet. On ne peut pas dialoguer avec le système médiatique. Il ne s’ensuit rien d’autre que d’avoir rendu intéressantes leurs charges. C’est donc juste une satisfaction d’amour-propre pour eux de se voir pris au sérieux. Car ceux qui s’y livrent sont souvent des individus généralement méprisés dans leur rédaction où leurs limites et accointances sont bien connues.

S’y ajoute l’arrogance. Elle semble parfois sans limite. Exemple : la chaine CNews fixe un jour pour un « débat des chefs de partis». Elle m’invite. Je fais valoir que j’ai un meeting à Amiens ce jour-là avec Manon Aubry et François Ruffin. Je propose un autre jour. Je propose d’autres noms puisque Jadot a fait de même avec succès. Rien n’y fait : la chaîne exige que j’annule mon meeting, les préparatifs et ainsi de suite. J’écope donc d’un papier tournant « Mélenchon déserte le débat de CNews ».

Il y a pire. Le pire est évidemment les gens qui inventent des citations, et fabriquent des déclarations comme ce grand esprit de la presse parisienne reconnue par tous ses collègues comme une de leur plus brillant élément intellectuel, Jannick Halimi du « Parisien ». Cet exemple est le bon. Cette journaliste attribue des citations contre Maduro venant de deux de mes amis. Cette information tient tout un pied de page dans « Le Parisien ». Cela lui permet de broder sur des « divergences avec Mélenchon ». Sa rédaction a dû croire à une enquête réelle. Mes amis ont la naïveté de croire qu’une mise au point servirait la vérité. Une vérité tragi-comique : les paroles qui leur sont attribuées ont été prononcées contre… Macron. Le rectificatif occupe cinq lignes dans un coin de page trois jours après.

Dès lors : à quoi bon ? Il faut opposer à ce système médiatique son pire ennemi : l’indifférence, qui ne fait pas vendre. D’autres méthodes de combat sont possibles. Tel le rappel sans fin de ses turpitudes, mensonges et accointances avec l’argent et « le système profond » dont il est l’affleurement. La répétition du nom des journalistes des médias d’État devenus candidats LREM aura un effet plus utile que mille démentis à des articles que très peu de monde lit. Le reste fait son chemin tout seul au fil des manipulations dont l’opinion se rend compte chaque semaine un peu mieux, au fil des samedis de mobilisations populaires. Il faut avoir la patience de notre cause. Mais surtout ne jamais baiser la main qui nous frappe sans relâche. C’est un processus d’un bloc que le dégagisme. Il mine déjà l’intérieur ces bastions fermés au monde réel que sont les médias officialistes. Les gens qui y travaillent ne sont pas tous les domestiques zélés que leur patrons ou chefs aimeraient qu’ils soient. J’ai la certitude que, le moment venu, le dégagisme interne qui couve à l’heure actuelle fera aussi exploser ce dernier carré du maintien de l’ordre établi.

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